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21 septembre 2015

La France et le libre marché

La semaine dernière, à l'occasion d'un séminaire à Milan, j'ai pu entendre un intervenant étranger évoquer le rapport compliqué que peut avoir la France avec le libre marché. Cela m'a donné pas mal à réfléchir. La plus grande critique faite en France au libre marché porte en général sur le marché en tant que mécanisme organisationnel. La manière dont s’élabore le succès au sein du libre marché n’est en effet généralement pas basée sur le mérite intellectuel ou artistique. En clair, ce n’est pas celui qui s'exprime ou écrit le mieux qui s’enrichit : c‘est celui qui parvient à anticiper au mieux les besoins du « marché ». Qu’il s’agisse d’un produit de lessive ou de voyages en avion à bas prix, il suffit d’avoir la bonne idée au bon moment et de savoir convaincre le marché. Et c’est précisément ce constat qui provoque chez certains de la rancœur en France. Cela se remarque dans leur attitude souvent condescendante par rapport aux personnes qui ont connu le succès grâce à une combinaison d’efforts personnels et du libre marché. Connaître le succès en répondant aux desideratas du « marché » est assimilé à être en proie au plus méprisable des sentiments humains : la cupidité. A l'inverse, poursuivre un projet artistique est considéré comme un hommage au plus noble des sentiments humains : l’esprit humain. Le fait qu’un inventeur devienne immensément riche grâce à la création d’un nouveau type de produit à déboucher les toilettes, alors qu’un artiste brillant vit dans la misère la plus totale, est donc considéré par beaucoup d’intellectuels comme un déni de l'ordre naturel. En France, on peut dire que cette approche est devenue une seconde nature. Presque toute l'élite intellectuelle rejette « le libre marché ». En élevant la «popularité » au rang de critère de succès, le libre marché favoriserait selon ces personnes la « Disneyfication » de la société : un monde où la culture se transformerait en un vaste mélange de mauvais goût élevé au titre de norme. Mais l’idée centrale qui se cache derrière cette vision du monde peut finalement être résumée en ces termes : le mépris. Le mépris colossal du libre choix de chaque citoyen. Le mépris de la personne qui regarde de son plein gré une émission de télévision commerciale ou se rend chez McDonald. Le mépris du libre choix de chaque citoyen, de crainte que ce choix collectif puisse ébranler la prétendue « haute culture ». Voilà ce que m'a finalemnet révélé ce séminaire en Italie – suivez le lien pour le site de l’organisateur : c'est cet état d'esprit qui contribue pour une large part à donner une image vieillotte de la France à l'étranger.

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